📖 Les Carnets de Julie
Carnet n°11
Dans ce onzième carnet, Julie revient sur la succession d’événements qui l’a conduite à imaginer ses propres cires, et sur la réponse immédiate de Cyrille : « Même pas en rêve ».
Il y a des décisions qui paraissent importantes au moment où on les prend. Et puis il y en a d’autres, beaucoup plus anodines, dont on ne comprend les conséquences que des années plus tard.
Quand je regarde aujourd’hui la naissance de Cire & Jolie, je me rends compte que l’idée n’est pas apparue un matin, toute seule. Elle est le résultat d’une succession de rencontres, de décisions, de changements professionnels et parfois même de problèmes qui, sur le moment, n’avaient aucun rapport avec la création d’une marque de cire.
Et pour comprendre comment nous nous sommes retrouvés un jour, Cyrille et moi, dans une voiture, à parler de créer nos propres produits, il faut remonter quelques années en arrière.
Tout avait commencé bien avant Cire & Jolie
J’avais mon institut depuis 2004. Lorsque j’ai rencontré Cyrille en 2008, j’étais donc déjà esthéticienne à mon compte depuis quatre ans et lui travaillait dans la banque.
À cette époque, mon institut connaissait des difficultés financières et de gestion. Cyrille a naturellement commencé à regarder les comptes. C’était son univers professionnel, mais il avait aussi cette curiosité qui le pousse à vouloir comprendre comment les choses fonctionnent. Petit à petit, il s’est intéressé aux dépenses, aux déclarations, à la TVA et à toute la partie gestion de l’entreprise.
En 2009, il a fini par prendre en charge la comptabilité courante et une grande partie de la gestion de l’institut.
Au fil des années, nous avons assaini les comptes.
En 2014, l’idée m’est alors venue qu’il pourrait proposer à d’autres esthéticiennes ce qu’il avait fait pour moi.
C’est comme ça qu’est née l’UDEF, l’Union des Esthéticiennes de France.
Les esthéticiennes pouvaient rejoindre notre « club » pour 10 € par mois et accéder à l’ensemble des services que nous proposions : des tarifs négociés auprès d’une cinquantaine de partenaires, des conseils en gestion d’entreprise, la création de visuels chaque mois pour leur communication, un cadeau de bienvenue, un véritable CE et un groupe Facebook réservé aux adhérentes UDEF.
Pendant ce temps, je continuais à travailler dans mon institut. Cyrille, lui, conservait son emploi à la banque et faisait fonctionner une grande partie de l’UDEF le soir et le week-end.
À ce moment-là, je ne faisais pas encore de formation.
2017 : une nouvelle activité commence
L’année 2017 va changer beaucoup de choses pour nous.
Ma première formation a lieu le 3 mars 2017. Je possède encore mon institut.
Au même moment, nous venons d’apprendre que je suis enceinte de notre quatrième enfant.
Cyrille est lui aussi en pleine réflexion professionnelle. Il travaille toujours à la banque et négocie alors une mutation sur Bordeaux. L’objectif est de nous rapprocher du centre de formation où je dois travailler.
Nous allons visiter la région dans le cadre de ce projet. Mais après l’annonce de ma grossesse et cette visite, son dernier entretien pour obtenir la mutation se passe mal.
Le projet de Bordeaux n’aboutira finalement pas.
Pendant ce temps, je poursuis mes premières expériences de formatrice. Une deuxième formation a lieu le 24 avril, puis une troisième le 22 mai.
Quelques semaines plus tard, le 15 juin 2017, enceinte de six mois, je vends l’institut que j’avais depuis 13 ans. Une page importante de ma vie professionnelle se tourne.
La formation va ensuite progressivement prendre davantage de place. Je reprends le 24 novembre 2017, puis une nouvelle date a lieu le 11 janvier 2018.
J’avais donc commencé à former avant même de vendre mon institut. Mais sa vente me permet désormais de prendre une autre direction professionnelle.
Et c’est là qu’une autre histoire entre en jeu.
Une marque que Cyrille avait dû convaincre
Dans le cadre de l’UDEF, nous cherchions régulièrement de nouveaux partenaires capables de proposer des offres intéressantes aux esthéticiennes.
Cyrille contactait les entreprises, leur présentait notre fonctionnement et négociait les partenariats.
À un moment, il nous manquait notamment un partenaire dans l’univers de la cire.
Il avait repéré une jeune entreprise qui venait de se lancer. De notre côté, nous cherchions une marque de cire à proposer aux adhérentes de l’UDEF. De leur côté, ils avaient besoin de faire connaître leurs produits auprès des professionnelles.
Nos intérêts semblaient complémentaires.
Il a pourtant fallu insister pour réussir à les faire entrer parmi les partenaires de l’UDEF.
Une fois la collaboration mise en place, j’ai testé leurs produits. Puis j’en ai parlé aux esthéticiennes avec mes mots, mon expérience de la cabine et ma façon de travailler.
L’idée est ensuite venue d’aller plus loin et de mettre en place des formations en épilation pour cette marque.
Et les choses sont allées assez vite.
Dix dates de formation ont été réalisées sur environ cinq mois.
La formation était désormais devenue une véritable partie de mon activité professionnelle.
Moi, je parlais surtout métier
Le problème, c’est que nous n’avions pas exactement la même vision de ce que devait être une formation.
Moi, je suis technicienne.
Lorsque je forme une esthéticienne, je parle des gestes, de la peau, de la cire, de l’application, de la façon de travailler et des difficultés que j’ai rencontrées pendant toutes mes années en cabine.
Je parle métier.
Lors de mes présentations, je racontais également mon parcours, mon institut, l’UDEF et mon expérience professionnelle, parce que tout cela expliquait ma manière de travailler et d’enseigner.
La marque, de son côté, avait naturellement une autre attente. Elle souhaitait que les formations soient davantage centrées sur ses produits et sur son propre univers.
On m’a fait remarquer que je parlais trop de moi et de mon parcours. J’ai donc modifié ma façon de me présenter.
Mais le décalage était plus profond.
Je restais beaucoup plus à l’aise pour parler technique que pour parler produit.
Les deux approches ont fini par ne plus correspondre et la marque a décidé de mettre fin à notre collaboration.
La décision a ensuite été annoncée sur les réseaux sociaux.
À ce moment-là, quatre autres formations étaient pourtant déjà programmées.
Je les ai faites.
Simplement, elles ont été réalisées sous un autre nom.
La collaboration avec une marque venait donc de s’arrêter, mais mon expérience, mon savoir-faire et ma capacité à former, eux, étaient toujours là.
Une porte se ferme, deux autres s’ouvrent
La suite s’est enchaînée très rapidement.
Une personne que je connaissais et qui travaillait pour une autre entreprise du secteur m’a proposé de venir travailler avec elle.
Puis, deux jours plus tard, Cyrille et moi avons déjeuné avec un autre partenaire de l’UDEF.
Lui aussi avait vu passer l’information concernant la fin de ma collaboration et il m’a proposé à son tour de travailler avec son entreprise comme formatrice, notamment dans le domaine de l’épilation et d’autres soins.
En quelques jours, une collaboration venait donc de s’arrêter et deux nouvelles propositions professionnelles arrivaient.
J’aurais pu accepter l’une d’entre elles et simplement continuer mon activité de formatrice avec les produits d’une autre marque.
Mais je ne voulais pas remplacer une dépendance par une autre. Je voulais rester libre dans ma façon de travailler et dans ma manière de transmettre mon métier.
Pourquoi travailler forcément pour les produits des autres ?
Mon raisonnement était finalement assez simple.
Des entreprises me proposaient de mettre mon expérience du métier au service de leurs produits.
Je connaissais l’esthétique. Je connaissais l’épilation. Je travaillais les cires depuis des années et je savais ce que j’attendais d’un produit professionnel.
Des personnes qui ne connaissaient ni le métier de l’esthétique ni la réalité de la cabine avaient réussi à créer une marque de cire. Pourquoi une professionnelle du métier ne pourrait-elle pas essayer à son tour ?
Après ce deuxième rendez-vous, Cyrille et moi sommes remontés dans la voiture.
Je lui ai exposé l’idée : plutôt que de choisir une nouvelle marque pour laquelle travailler, pourquoi ne pas créer nos propres produits ?
Et notamment notre propre cire.
Sa réponse a été immédiate.
Et il avait de bonnes raisons de répondre ça
Pour Cyrille, le problème n’était pas que l’idée lui paraissait impossible.
Le problème, c’était surtout le moment.
Les mois précédents avaient déjà été particulièrement mouvementés. Lorsque j’avais commencé les formations, nous venions d’apprendre que j’étais enceinte de notre quatrième enfant. Dans le même temps, Cyrille avait essayé d’obtenir sa mutation sur Bordeaux pour nous rapprocher du centre de formation où j’allais travailler.
Cette mutation n’avait pas abouti.
Entre-temps, Timothée, notre quatrième enfant, était né.
Cyrille travaillait toujours à la banque. En parallèle, il gérait déjà une grande partie de l’UDEF le soir et le week-end.
Après l’échec du projet de mutation, il réfléchissait désormais à une autre évolution professionnelle et à la possibilité de quitter la banque pour venir travailler avec moi et prendre davantage en charge l’UDEF. Mais rien n’était encore sécurisé.
Et là, je lui proposais d’ajouter une nouvelle entreprise à tout cela.
Créer une marque de cire, ce n’était évidemment pas seulement choisir une couleur et un parfum.
Il fallait trouver un fabricant, développer les produits, financer une première production, créer une société, gérer du stock, construire un site internet, communiquer, prendre les commandes et organiser toute la logistique.
Cyrille connaissait déjà la charge de travail représentée par l’UDEF. Une nouvelle activité allait forcément demander encore du temps et de l’organisation.
Et il y avait enfin une question essentielle : l’argent.
À ce moment-là, il imaginait qu’un projet comme celui-ci pouvait nécessiter entre 50 000 et 100 000 euros.
Nous n’avions aucune certitude sur le montant réel à investir et aucune garantie que le projet fonctionnerait.
Alors sa réponse était assez claire : « Même pas en rêve. »
Le problème, c’est que je voulais quand même savoir
Je suis plutôt optimiste.
Et surtout, lorsque j’ai une idée, j’ai besoin de savoir si elle est réellement faisable ou non avant de l’abandonner.
Je n’avais aucune certitude que nous allions créer une marque de cire.
Je ne savais pas combien cela pouvait coûter.
Je ne savais pas quelles quantités il faudrait commander.
Je ne savais pas comment on développait une cire avec un fabricant.
Je ne savais même pas si quelqu’un accepterait de fabriquer les produits que j’avais en tête.
Mais justement : tant que je ne connaissais pas les réponses à ces questions, je ne pouvais pas considérer l’idée comme impossible.
Alors, malgré le « Même pas en rêve », j’ai commencé à me renseigner.
L’effet papillon
Lorsque je remets aujourd’hui tous ces événements dans l’ordre, c’est sans doute ce qui me paraît le plus étonnant.
J’avais mon institut depuis 2004.
J’avais rencontré Cyrille en 2008.
En 2009, il avait commencé à prendre en charge la comptabilité et la gestion de mon institut.
Cette expérience avait participé à la naissance de l’UDEF en 2014.
Puis était arrivée 2017.
J’avais commencé à donner mes premières formations alors que j’avais encore mon institut.
Nous venions d’apprendre que nous attendions notre quatrième enfant.
Cyrille essayait au même moment d’obtenir une mutation sur Bordeaux pour nous rapprocher du centre de formation où j’allais travailler.
Nous avions visité la région.
La mutation n’avait finalement pas abouti.
Le 15 juin 2017, enceinte de six mois, j’avais vendu l’institut que j’avais depuis treize ans.
La formation avait ensuite pris progressivement une place beaucoup plus importante dans mon activité.
Dans le cadre de l’UDEF, Cyrille avait insisté pour convaincre une jeune marque de cire de devenir partenaire.
J’avais testé ses produits.
Puis j’avais travaillé avec elle comme formatrice.
Dix formations avaient été réalisées en environ cinq mois.
Cette collaboration avait fini par s’arrêter.
Quatre formations déjà programmées avaient malgré tout été maintenues sous un autre nom.
Puis deux autres entreprises m’avaient presque immédiatement proposé de travailler avec elles.
Et c’est cette succession d’événements qui nous avait finalement conduits, Cyrille et moi, dans cette voiture, à parler pour la première fois de créer nos propres produits.
On peut toujours imaginer ce qui se serait passé si l’une de ces petites décisions avait été différente.
Si Cyrille n’avait jamais repris la gestion de mon institut.
Si l’UDEF n’avait jamais existé.
Si ma première formation n’avait jamais eu lieu.
Si la mutation sur Bordeaux avait abouti.
Si Cyrille n’avait jamais insisté pour faire entrer cette marque parmi nos partenaires.
Si cette collaboration ne s’était jamais arrêtée.
Si les deux propositions suivantes n’étaient jamais arrivées.
Nous ne le saurons évidemment jamais.
Mais notre histoire, elle, s’est déroulée ainsi.
Et ce jour-là, dans la voiture, Cyrille avait dit : « Même pas en rêve. »
Moi, je voulais simplement vérifier si ce rêve était réellement impossible.
Alors j’ai commencé par chercher un fabricant.
Et c’est exactement là que commence la suite de cette histoire.
📖 LES CARNETS DE JULIE
Merci d’avoir lu ce onzième carnet.
Chaque carnet raconte un nouveau chapitre de l’histoire de Cire & Jolie.
Vous pouvez revenir au sommaire ou poursuivre votre lecture.
|
← Carnet précédent |
Carnet suivant → La suite de « Même pas en rêve » |
Merci de prendre le temps de découvrir Les Carnets de Julie.
À très bientôt pour le prochain chapitre de cette aventure.
















Vous devez être connecté dans pour poster un commentaire.